EDDY WOOGIE, VRAI GONE, FAUX NAÏF

Un des sales gosses du rap, voilà comment on pourrait décrire Eddy Woogie (à l’instar de son compère Anton Serra), au regard de ses lyrics, de ses clips et du personnage en général. Mais sous cette carapace du gamin cool et désabusé se cachent des textes qui cherchent à évoquer notre époque sous un angle critique, quoique toujours léger.

Revenons quelque peu en arrière pour vous présenter le gus. Car Eddy Woogie ne s’est pas toujours appelé ainsi. On le croise dans de nombreux freestyles chez Oster Lapwass, grand manitou del’Animalerie. Il sort également un album solo, « La Mousse », en 2012. En parallèle Dico/Eddy Woogie forme un groupe avec 2 autres compères, Kalam’s et Cidji, le CDK.

Si à l’époque le style musical était plutôt orienté boom bap, le changement de nom d’Eddy annonce également un changement d’orientation musicale. Ce changement est d’ailleurs également observé chez ses compères puisque le CDK accueille un nouveau membre (Nadir) et se transforme en Bavoog Avers. Place dès lors à des sonorités beaucoup plus électroniques, plus froides, plus dansantes également (on pourrait oser un comparatif avec le « Eurotrap » de Vald).

En février 2016 Eddy sort un EP 6 titres sous forme de carte de visite (en témoigne d’ailleurs le titre, Tout Eddy). Ce qui frappe tout d’abord dans cet EP, c’est l’énorme travail sonore qui est réalisé par Eddy lui-même, qui produit ou co-produit toutes les tracks de l’album. La voix est maltraitée, pitchée, des effets sonores sont rajoutés de partout. Cette explosion d’effets pourrait nuire à la qualité du produit mais l’équilibre est tel qu’on a plutôt l’impression qu’Eddy s’est amusé dans la recherche sonore sans jamais en faire trop. D’ailleurs les prods sont des vraies pépites, pourraient s’écouter sans la voix et faire quand même un carton.

Mais tout de même, ça serait dommage de retirer les textes ciselés de l‘ensemble. Car ce que narre Eddy il le narre en finesse. La dénonciation n’est jamais frontale, posant plutôt des états de fait avec détachement et nous amenant à nous interroger dessus. Le flow, quasiment monocorde quoique propre et extrêmement bien articulé, s’appuie suffisamment sur les assonances et allitérations pour que son caractère monocorde ne soit pas dérangeant outre mesure. Il sert le propos, renforçant cette impression de détachement du rappeur par rapport à ce monde, comme s’il l’observait à travers un écran :

« Ouais trop bien, hier un pote m’a d’mandé, pourquoi sa sœur crissait des dents

alors qu’elle n’a que dix sept ans

Elle a dit  » Eh putain faut vivre à ton époque, t’es pas mon père

, pd, nous on se perche pour rien » » 2015

 

Dans la lignée de LOAS, dont je vous parlais il y a quelques temps, Eddy Woogie nous propose un constat du monde, à travers ses filtres perceptifs, à savoir un ado fêtard qui se « perche pour rien », et voit le monde glisser autour de lui. Si cet EP ne propose pas une capacité d’indignation qu’offrent des rappeurs étiquetés « conscients », il propose tout de même (sans émettre de jugement) une réflexion sur ce qui nous entoure, et c’est d’ailleurs sa qualité première.

Ps : Si vous avez kiffé Eddy, il passe avec ses compères du Bavoog Avers le 25 février prochain à Paname, au Batofar. Event ici.

 

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