WILLIAM PASCAL : ÉTHIQUE DE L’ESTHÉTIQUE

Crédits photo : Béatrice Chima

 

Avec son presque double mètre, ses sapes triples XL qui nous renvoient à nos tendres années et sa coupe si particulière, crête et cheveux rasés sur le côté droit, la dégaine de William Pascal pourrait à elle toute seule lui faire une place dans le paysage du rap italien. Mais c’est sans compter sur son talent et son appétit à casser des micros et déchirer des scènes.

Voilà un artiste qui me tient particulièrement à cœur de vous présenter. Dernier membre du collectif romain Do Your Thang que j’introduis ici (cœur sur eux, on en parle aussi ici et encore ), William Pascal habite au Sud de la capitale, comme beaucoup de ses compères. Il en tire un rap social, marqué par son environnement urbain. A seulement 23 ans il roule sa bosse tranquillement et monte en puissance, à l’image de son crew, multipliant les concerts aux quatre coins de la botte et foutant le feu à des compétitions de freestyle. Après deux mixtape (Timeless en 2014 et Lapis Niger en 2015) et un street album (Souvenir d’Egotisme en 2013) qui lui ont permis de s’échauffer se faire repérer par quelques passionnés infiltrés dans les bureaux de presse nationaux, la grande tige romaine va sortir une galette à la rentrée.Espérons qu’elle soit celle de la confirmation de tout le potentiel montré jusqu’ici.

La base esthétique du bonhomme est celle d’un rap technique, marqué par le boom bap et influencé par les groupes historiques, à l’instar de Col der Fomento ou de Gente Guasta. Les schémas de rimes sont calés et William Pascal les débite à une vitesse et avec une maîtrise impressionnante. On est vraiment dans un rap de performeur, de kickeur pur, agrémenté d’un festival de multisyllabiques, réhaussé par le côté tonique de la langue italienne, qui renforce cette impression de maîtrise et de mélodicité du rap pascalien.

Non sarò mai qualcuno se per qualcuno intendi qualcuno
Che ha leccato il culo a qualcuno, che ha dato il culo a qualcuno
Che non si è mai fatto un culo alcuno, potete andarvene affanculo al cubo
(Diogenes/Diogene, EP Delta, feat Pacman)

Sur le fond, le rappeur italien respecte le schéma du rap conscient, inhérent à l’esthétique boom bap, alternant entre égotrip où il fait preuve de prouesse technique et de comparaisons efficaces (on peut par exemple penser à Tintarella di Luna, track bonus sur sa première mixtape, Timeless) et sujets beaucoup plus graves. On pense notamment à cette superbe chanson, La storia di Nerone, racontant l’histoire d’un jeune migrant arrivé du Sénégal en Italie et confronté au racisme et à la difficulté d’adaptation dans ce pays. On retiendra aussi Trains, sur une magnifique boucle, face B piquée  un titre d’A$ap Rocky, parce que le type a bon goût, qui établit un parallèle entre les trajectoires des trains et celles que peuvent prendre nos vies.

Si le jeune rappeur a montré l’étendue de son talent rapologique sur des prods qu’on qualifiera de classiques, il semble avoir des velléités d’évolutions, que ce soit sur certaines pistes de sa dernière mixtape Lapis Niger ou même sur Chocolope son dernier titre annonciateur de l’album à la rentrée, et qui semble confirmer les capacités tout terrain de William Pascal. En tout cas prenez garde, si en 2016 et 2017 c’était Bruxelles qui arrivait, on espère que la ville aux sept collines croquera sa part du gâteau l’année prochaine.

 

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